lundi 25 avril 2011

Comment évaluer le potentiel créatif ? Petit historique de la mesure de la créativité en psychologie.

 
On pourrait penser qu’à l’heure actuelle les processus sous-tendant la créativité sont suffisamment connus pour pouvoir en permettre une mesure quasi parfaite par des tests. En effet dans une époque où il est quasiment impossible de passer une journée entière sans entendre ou lire le mot « créativité », que ce soit dans un spot publicitaire ou dans une vidéo de présentation d’entreprise, on peut légitimement penser que la question a été largement triturée dans tout les sens et que les angoissantes questions existentielles sur la nature de la créativité ont pu trouver leurs réponses… Les lecteurs de ce blog et tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la créativité se doutent bien que rien n’est moins sûr. Rien n’est vraiment simple lorsqu’il s’agit de l’étude du fonctionnement de l’homme et de sa complexité.

Effectivement, bien que de nombreuses études aient été menées sur le sujet, elles restent encore minoritaires par rapport aux études portant sur la mesure de l’intelligence ou de la personnalité pour ne citer qu’une série d’exemple parmi d’autres. On ne peut imputer cela à un développement récent de la mesure de la créativité, des items mesurant « l’imagination créative » étant déjà présents dans une première version de l’échelle d’intelligence de Binet et Simon datant de 1905 (Test de Binet et Simon). Mais alors quelle peut-être la raison d’un tel fossé entre l’avancée de la mesure de la créativité et celle de l’intelligence ? Il semblerait que le réel frein dans le développement d’outils de mesures de la créativité soit la difficulté supposée à mesurer la créativité en tant que telle. En effet la question de la difficulté à mesurer la créativité, voire parfois de son impossibilité à être mesurée est encore aujourd’hui vivement débattue dans la recherche.

Pourtant des outils de mesure se sont développés malgré cette difficulté supposée. Guilford élabora durant la deuxième moitié du XXe siècle un modèle de structure de l’intelligence selon lequel la créativité s’appuierait sur différentes opérations mentales du modèle et plus particulièrement sur la pensée divergente. La pensée divergente est la capacité à trouver un grand nombre d’idées à partir d’un seul point départ, un exemple d’exercice de pensée divergente pourrait être de trouver dans un temps imparti le plus grand nombre d’utilisation originale d’une boite en carton. Ces travaux, et plus particulièrement les épreuves de pensées divergentes, intéressèrent Torrance qui construisit le TTCT (Test de pensée créative de Torrance) sur les bases théoriques de Guilford. Ce test reposant sur les mêmes mécanismes que celui de Guilford propose différents « points de départs » pour évaluer la pensée divergente d’une personne. Ainsi on évaluera la capacité de l’individu à trouver un grand nombre d’utilisations différentes pour un objet par exemple. On pourra également présenter un dessin très simple à compléter d’autant de façon que possible à la personne attendant fébrilement de savoir si oui ou non elle peut prétendre à la place laissée vacante par De Vinci, Flemming, Chopin et consœurs. Ces productions créatives étaient appréhendées sous l’angle de la « fluidité » (nombre d’idées à partir du point de départ), de « l’originalité » (rareté de la production par rapport à l’ensemble des idées données par les autres individus) et de la « flexibilité » (nombre de catégories différentes dans lesquelles on peut classer les idées).

Un exemple d’épreuve de pensée divergente pourrait être de trouver un grand nombre de dessins à partir de la forme ci-dessus.

Cependant l’ensemble de ces tests, malgré leur efficacité, se heurtèrent à un problème de taille : peut on réellement réduire la créativité à la pensée divergente ? Faut-il nécessairement pouvoir envisager un nombre colossal de possibilités pour atteindre l’instant « Eureka » ? Ne peut-on pas avoir une idée terriblement créative sans envisager d’autres possibilités en amont ? Inversement ; être capable de trouver 1000 variations sur un même sujet suffit il pour pouvoir trouver un nouveau business model révolutionnaire en rupture avec tout ce qui s’est fait auparavant ? Retour au point de départ : qu’est ce que la créativité ? Comment la mesure-t-on ? Peut-on la mesurer ? Etc.

Une réponse récente à cette épineuse difficulté a été apportée par Todd Lubart (directeur du LATI et auteur de l'ouvrage "la psychologie de la créativité" ) dans son test EPoC (pour Evaluation du Potentiel Créatif). Ce test appréhende la créativité, comme le TTCT de Torrance, sous l’angle de la pensée divergente mais pas seulement. En effet à la mesure de la pensée divergente ce test ajoute la mesure de la pensée intégrative. Mais qu’est ce donc que la pensée intégrative me direz vous ? Là où la pensée divergente est une manifestation de la capacité à produire un grand nombre d’idées à partir d’un point de départ précis, la pensée intégrative est la capacité à ordonner/intégrer différents éléments entre eux pour pouvoir construire une idée. On retrouve bien ici un mécanisme central de la créativité : la capacité à ordonner, associer, combiner, sélectionner, comparer l’ensemble de ce qui nous entoure pour trouver des solutions créatives à nos questions.

Le test, qui est sous sa forme actuelle destiné à un public d’enfant et d’adolescents, explore deux champs de la créativité : la créativité graphique et la créativité littéraire. Dans chacun des champs le test propose deux épreuves de pensée divergente proches de celles de Torrance et deux épreuves de pensée intégratives. Les épreuves de pensée intégratives prennent la forme, pour la partie graphique par exemple, d’un dessin à produire à partir de 8 formes géométriques différentes. L’idée est ici de comparer des dessins issus des mêmes « briques » géométriques. Chacun disposant des mêmes éléments de départ la différence se fera dans les différentes manières de les intégrer sous la forme d’un dessin.

Ce test récent représente actuellement l’un des moyens les plus efficaces, à mon avis, de mesurer la créativité. Cependant son orientation vers un public jeune et ses limitations aux domaines graphiques et littéraires réduisent son champ d’action. Les auteurs du test travaillent cependant à étendre les domaines d’actions du test en développant des ajouts au test d’origine orientés vers la créativité musicale et sociale par exemple.

Brève vue d’avion de la question de la mesure de la créativité… Il serait arrogant de clamer que la psychologie est capable de mesurer sans failles ce processus complexe et multiforme qu’est la créativité mais à mesure que le concept se clarifie au sein de la recherche, les tests emboitent le pas. En un mot comme en cent et pour reprendre une expression qui m’est chère « On y travaille ».

mardi 8 mars 2011

Une table pour une idéation collaborative

Voici encore une tentative de développement technologique qui ouvre le débat si le Post'it perdra un jour sa place de meilleur outil pour brainstormers. La société Intuilab qui à réalisé cette table interactive nous offre un aperçu de nos séances créatives du futur et personnellement ça me fait envie. L'arrivée de ce type de technologie peut offrir des fonctionnalités qui raisonnerons pour les animateurs, telles que: 
  • L'enregistrement des phases d'idéations
  • La manipulation de contenus multimédia
Il ne reste plus qu'une chose à faire: développer des tables ou des murs créatifs plus grands et au prix le plus juste. Un beau challenge pour l'entreprise Toulousaine ou Labégeoise (n'hésitez pas à me corriger) et surtout un grand bravo pour cet objet qui fait sens!
Surement un bon candidat pour le Creativ'Lab des Bell Labs!

vendredi 4 février 2011

Le brainstorming, pas toujours nécessaire...

Voici un des auteurs que je suis depuis longtemps et dont je savoure chaque ouvrage. Luc de Brabandère nous explique ici qu'avoir des idées nouvelles ne suffit, voir même, n'est pas le problème premier des entreprises. Il explique qu'il incite les acteurs de l'entreprise à exprimer leurs activités pour en extraire du sens. Et c'est ensuite par ce sens nouvellement exprimé que les idées acquièrent leurs logiques. 

Cette thèse, qui peut sembler provocante pour des promoteurs de la créativité comme moi, explique qu'il y a bien deux mécanismes nécessaires pour qu'une idée puisse être transformée en réalité au sein d'un organisation. Le premier est la créativité "propre" qui permet d'élaborer un concept porteur d'originalité, une solution originale ou une nouvelle organisation.  Et parfois, les entreprises ne manquent pas de cette créativité propre. Par contre ces entreprises peuvent avoir du mal à changer la perception de leur activité pour que cette créativité propre s'exprime. La méthode que propose Luc de Brabandère est la verbalisation (et j'aimerais bien en savoir plus). Grâce à ce travail, les idées latentes de l'entreprise prennent sens et l'on trouve ici le deuxième mécanisme nécessaire à la concrétisation de l'idée.



C'est génial! On peut donc complêter le schéma que l'on retrouve fréquemment dans la littérature traitant de la créativité. Le schéma représente couramment la façon standard d'adresser un problème en restant dans notre zone de confort ou dans notre périmètre de perception ou comme dit Armand Hatchuel être victime de l'effet de fixation. La créativité c'est sortir de ce périmètre, et si l'on s'arrête là la plupart du temps la machine est bloquée.  Il faut donc mettre en oeuvre le second mécanisme dont Luc de Brabandère provoque par son travail: l'extension du périmètre de perception.


Cette extension du périmètre de perception est bien un problème ardu pour les grosses organisation. Faire que cette prise de conscience soit présente à tout les niveaux de l'entreprise est une problématique que les dirigeants doivent traiter avec sérieux.